Audiovisuel public, de la théorie… à la pratique

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Le débat relatif au périmètre et au modèle de l’audiovisuel public fait rage.

C’est normal et c’est bienvenu. Car la radio et la télévision suisses, avec leurs déclinaisons en ligne,  touchent d’une manière ou d’une autre la quasi-totalité des habitants de notre pays. Et il est ici question de ce qui nous rassemble, à travers l’information, la culture, les films, la musique, le sport, le divertissement.

L’audiovisuel public, la SSR, et toutes les radios et télévisions privées qui bénéficient de la redevance, n’ont évidemment pas le monopole du lien confédéral. Les journaux, les trains, la poste, les routes, les hôpitaux, les écoles et universités, tout cela concoure à ce que nous sommes, nous aide à bien vivre ensemble, en Suisse, aujourd’hui. Et dans cette société numérique globalisée et fragmentée il est essentiel de rassembler nos diversités.

Les médias jouent un rôle très important à ce sujet. Alors on se demande comment permettre la coexistence intelligente de médias publics et privés, comment résister au tsunami numérique alors que notre taille (3.5M de foyers) ne nous offre pas la masse critique suffisante pour lutter à armes égales avec la concurrence internationale, très active en Suisse ? Comment ne pas jouer les apprentis sorciers, comment adapter le modèle médiatique suisse sans le casser irrémédiablement ? Sacré défi.

La SSR n’est ni le problème ni la solution de la presse écrite

Il faut reconnaitre et saluer toutes les tentatives qui essayent de résoudre cette difficile équation.

Une chose est certaine, la presse écrite est dans une situation très difficile. Pour la simple et bonne raison que ses revenus publicitaires fondent comme neige au soleil, pris en tenaille entre les plateformes numériques individuels et les mass media audiovisuels.

Dans ce contexte, tendu, certains éditeurs réclament l’accès à des financements publics pour développer leurs activités…commerciales. D’autres pensent qu’il suffirait de redimensionner l’audiovisuel public pour que les moyens reviennent par miracle irriguer les journaux. Erreur d’analyse. Les transferts de publicité se font en faveur des fenêtres publicitaires étrangères et des plateformes numériques internationales, c’est un fait. En Suisse, l’audiovisuel public n’est ni le problème ni la solution de la presse écrite.

D’autres idées  émergent. Il faudrait imaginer un système de « pay per view » : La redevance au feu, on ne paie que ce que l’on regarde ou ce que l’on écoute.

Séduisant sur le papier, ce scénario californien ne résiste pas vraiment à l’analyse factuelle. En Suisse, compte tenu de la taille de notre marché national, divisé en 4 langues, le « pay per view » est impraticable, sauf à payer très cher chaque commande ! Au tarif du marché, soit environ CHF 4.- l’heure achetée, et à consommation égale au temps passé aujourd’hui avec la télévision suisse, la facture annuelle s’élèverait au double de la redevance, soit près de CHF 1000.- pour l’ensemble de la population. Et pour les ainés, qui passent plus de temps que la moyenne à suivre les programmes de télévision, il faudrait débourser environ CHF 2’000.- !

Certes, il y a une alternative : regarder moins la télévision suisse et plus les chaînes françaises et allemandes. Mais est-ce vraiment comme cela que nous vivrons mieux ensemble, en Suisse ?

Alors d’aucun imaginent d’autres mécanismes, comme le système payant (SVOD), type Netflix. Mais ces abonnements n’offrent que des films et séries, amortis à l’échelle planétaire, la plupart du temps en anglais. Il est objectivement impossible de financer une production audiovisuelle locale plurilingue avec ce modèle. Pour bien situer les comparaisons, le seul abonnement au championnat italien de football coûte plus cher que la redevance SSR…

« Pay per view », abonnements, « open source », les modèles ne manquent pas !

Et voici qu’émerge une nouvelle hypothèse : la redevance pour l’analogique (la télévision et la radio classiques), le paiement à la carte pour le numérique. Mais comment distinguer analogique et  numérique ? La production audiovisuelle ne se fabrique pas selon son mode de distribution ! Les programmes de la RTS sont proposés et consultés sur toutes les plateformes ! De plus, un documentaire de qualité, un film ou un match de tennis ont le même coup de production, qu’ils soient diffusés à la télévision « classique » ou sur une plateforme web. Dans l’industrie audiovisuelle, la distribution ne représente qu’une très faible part du coup de production. Là n’est pas la solution, il y a belle lurette que la télévision ne se résume plus au bon vieux poste qui trône au milieu du salon…

Et puis arrive encore un autre modèle : « l’open source ». En synthèse, tout ce que produiraient la radio et la télévision publique, financées par la redevance, devrait être gratuitement mis à disposition des acteurs commerciaux suisses. Tous les professionnels savent pourtant que l’audiovisuel est soumis au régime des droits d’auteurs. Lesquels sont liés à la diffusion. Comment monter les co-productions, financer les droits musicaux, les extraits d’images qui nourrissent toutes les productions audiovisuelles, sans maitriser la distribution des contenus ? C’est impossible.

Des réponses doivent être trouvées, car le contexte a en effet changé. Fort du constat que nous sommes trop petits en Suisse pour nous diviser, les solutions se trouvent du côté des vraies coopérations entre les acteurs publics et privés, dans le domaine de la production, de la formation, de la promotion, de la commercialisation. Ensemble, nous faisons raisonner la « petite musique suisse » dans le concert international. Elle le mérite bien.

Article publié à l’origine dans l’Agefi du 21.09.2016

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