JO: Le spectacle sportif se joue plus sur les écrans que dans les stades

De retour de Sotchi, l’analyse de la quinzaine olympique nous offre un éclairage intéressant.

 

Premier constat, Sotchi a été un succès incontestable sur le plan de l’organisation. Les rédactions sportives du monde entier ont pu très bien couvrir l’événement. Les compétitions étaient bien préparées, les stades et pistes aussi. Les liaisons entre les sites ne posaient pas de problème et la sécurité, certes omniprésente, ne fût pas trop envahissante.

Mais, deuxième constat, du côté de l’ambiance, de la ferveur populaire, ce n’était pas cela. À l’exception notable des sports de glace qui passionnent les Russes, il faut bien dire que l’ambiance n’était pas vraiment au rendez-vous. La faute, sans doute, à l’éclatement des sites et au “no man’s land” retenu pour le parc olympique, coupé de toute vie et animation locale. Et bien entendu, le climat géopolitique de la région, indépendamment de la crise ukrainienne, n’a pas facilité les choses ni mobilisé les spectateurs étrangers!

Troisième observation, c’est donc ailleurs que s’est jouée la fête olympique. En l’occurrence sur les innombrables écrans mobilisés pour l’occasion. Écrans fixes HD, écrans mobiles de toutes tailles, écrans participatifs. Rarement manifestation sportive n’aura à ce point été conçue pour sa représentation audiovisuelle.

Les JO sur la RTS plébiscités par le public

En Suisse romande, grâce à une forte mobilisation de ses journalistes et de ses équipes techniques, la RTS a diffusé 230 heures de programme olympique. Et les résultats sont intéressants eux aussi. On constate par exemple que 90% des téléspectateurs romands qui ont suivi les Jeux l’ont fait sur la RTS.

Durant les 15 journées olympiques (7h00 – 20h45), RTS Deux a vu sa part de marché grimper de plus de 20.7 points, passant de 6.4% (même période en 2013) à 27.1%, et la part de marché de la chaîne (RTS Un + RTS Deux) a atteint les 46.2% de pdm (+14 points par rapport à 2013).

La cérémonie d’ouverture a été suivie intégralement par 247’000 téléspectateurs (49.2% de pdm) durant près de 3 heures; la première manche du saut au petit tremplin a été regardée par 245’000 téléspectateurs (43.5% de pdm) et la descente masculine par 217’000 téléspectateurs (80.2% de pdm).

Ces chiffres témoignent de la forte capacité de la matière sportive à rassembler le public, au delà des différences sociologiques ou culturelles. Ils nous indiquent aussi que le sport reste un des plus puissants leviers pour le direct, pour la télévision classique, linéaire, qui trouve là l’occasion de faire jouer toute sa puissance grâce à des images splendides, des réalisations soignées et une dramaturgie servie par des commentaires engagés.

Plus de 2 millions de démarrages vidéos sur RTSsport

Mais ce n’est pas tout, et c’est le 4ème enseignement: il y a une autre consommation sportive qui se développe simultanément, sans cannibaliser les audiences classiques.

Le site RTSsport.ch a enregistré 2,14 millions de visites et 2,3 millions de démarrages vidéos durant les 15 jours de compétitions, soit plus de 140’000 visites/jour et plus de 150’000 démarrages vidéos/jour. Au palmarès des compétitions les plus vues, on relève le half-pipe masculin avec 24’000 démarrages, le snowboard avec 23’000 démarrages et enfin la demi-finale féminine de curling Suède/Suisse avec 19’000 démarrages.

L’appétence pour ces offres interactives fut d’ailleurs jugée suffisamment forte pour que plusieurs grandes entreprises et administrations fédérales décident de limiter les accès internet de leur personnel durant les heures de bureau …

Le sport une question de service public?

Le bilan final est positif, le succès populaire incontestable. Reste alors une question qui agite les esprits. Est-ce bien au service public de proposer les JO? Faudrait-il qu’il se dessaisisse du sport pour le laisser à des opérateurs privés?

Cela serait une fausse piste dont les conséquences seraient des plus problématiques. D’abord sur le plan économique, il faut le souligner, l’offre sportive ne peut pas être couverte, en Suisse, par des recettes commerciales. Notre marché national est tout simplement trop petit pour absorber les droits, les coûts de production et de transmission de compétitions internationales. Sans un mécanisme de financement public, il faudrait certainement limiter très sensiblement la couverture sportive et ne pas suivre les grands rendez-vous.

Faudrait-il alors purement et simplement renoncer à couvrir le sport? D’aucun pensent par exemple que les amateurs pourraient de toute façon trouver leur bonheur sportif sur d’autres chaînes. Peut-être. Mais qui parlerait des sportifs suisses? Qui programmerait les sports dans lesquels brillent nos sportifs? Nos amis français? On peut en douter…

D’autres expliquent que le sport devrait être payé à la consommation, par ceux qui le veulent, et ne pas faire partie du mandat de service public concessionné. Mais là aussi l’idée séduisante ne résiste pas à l’analyse… ni à la taille du pays. Il faudrait pratiquer des coûts totalement prohibitifs de “pay per view” pour que  les seuls malheureux consommateurs suisses arrivent à couvrir, par leurs commandes, les coûts fixes du spectacle sportif (droit, production). Que l’on produise pour un téléspectateur ou pour un million, le nombre de caméras utilisées est strictement le même.

Au final, seul un mécanisme de financement solidaire et réparti permet de garantir cette couverture sportive dans un petit pays. Ce ne sont pas les centaines de milliers de passionnés qui s’en plaindront. Des passionnés qui se rassemblent, qui enjambent les frontières linguistiques suisses, qui vibrent et qui partagent, de temps en temps, le plaisir d’être ensemble.

Ce sentiment n’est pas si fréquent que cela en Suisse. Suffisamment rare pour ne pas l’abandonner au bord du chemin.

Compléments multimédia :
Vidéo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Compléter le calcul ci-dessous afin de filtrer les commentaires indésirables (spam). *