«La sociologie donne des clés d’observation de la société»

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— Interview de Melina Stavrinos, publiée le 29 juillet 2019 dans le magazine consacré à la formation eduwo

Gilles Marchand, directeur général de la SSR, nous raconte ce qu’il a appris pendant ses études, ce qui, selon lui, pourrait être amélioré dans le système de formation suisse et quels cours il aimerait suivre.

eduwo: A ce jour, quelle a été la plus grande réussite de votre carrière?
Gilles Marchand: Le fait d’avoir su et pu anticiper la transformation numérique de la télévision. Les programmes de télévision, en Suisse romande, sont disponibles sur internet depuis… 2001. Cette évolution fondamentale vers une société médiatique «à la carte» a aussi permis de maintenir les valeurs du service public, sa diversité, sa qualité et son indépendance.

Qui est votre modèle?
Je n’ai pas un modèle mais de nombreuses personnes qui m’ont inspiré à différents moments de ma vie. Dans le domaine de la sociologie, des médias, de la culture. Impossible de tous les citer!

Que faites-vous lorsque vous ne travaillez pas?
Je voyage. En Europe ou plus loin, des séjours souvent courts mais fréquents. La rencontre des autres cultures et réalités est une excellente manière de se ressourcer.

Quels aspects de votre quotidien professionnel font appel à des savoirs acquis au cours de vos études?
Très clairement la compréhension du public. La sociologie donne des clés d’observation de la société. C’est très utile lorsque l’on s’occupe de médias. C’est aussi utile pour discuter avec les spécialistes de la recherche média ou les datascientists, qui vont jouer un rôle de plus en plus important.

Quels sont, selon vous, les avantages du système de formation suisse?
L’avantage, c’est clairement l’accès aux études supérieures. Les grandes écoles et universités suisses sont accessibles à toutes et tous indépendamment des moyens financiers. Cela permet un brassage socio-culturel très positif pour la société suisse. Et la diversité des matières proposées est formidable. Il y a aussi une relation saine entre les fonds publics et privés en suisse, qui permet une recherche de qualité reconnue dans le monde entier. Enfin, le système dual entre la formation professionnelle et académique a fait ses preuves.

Selon vous, à quel niveau le système de formation suisse peut-il être amélioré?
La Suisse doit veiller à rester ouverte, dans les domaines des études. Pour ses propres étudiants et chercheurs qui doivent continuer à avoir des équivalences d’accès et de financement de travaux, mais aussi pour l’accueil des étudiants étrangers. Et parfois, la logique très cantonaliste de notre pays freine le développement de pôles d’excellence. On connaît ce problème dans d’autres domaines aussi.

Comment vous tenez-vous informé des possibilités de formation continue?
Nous avons une politique interne de formation continue avec un catalogue de formations disponibles, adaptées aux besoins de nos métiers. Mais je suis aussi membre du conseil de l’université de Genève. Cela me permet de suivre de près l’évolution des cursus académiques (et je dois dire que cela fait envie…). Enfin, j’ai deux enfants qui étudient en master et nous avons de nombreuses discussions sur les perspectives de formation!

Quelles compétences essentielles faut-il avoir pour réussir sa carrière aujourd’hui?
Il faut une structure de base, une sorte de cadre conceptuel et méthodologique qui permet d’affronter différents types de problèmes. Puis, et c’est le plus important, une très grande souplesse, une complète ouverture au changement. Rien ne sera plus fixe dans nos sociétés. Les savoir-faire évoluent très vite, il faut être capable de se remettre en cause, de s’adapter en permanence.

Par quelles études seriez-vous actuellement intéressé?
Anthropologie, ethnographie… et astrophysique! Il faut comprendre d’où l’on vient pour essayer d’imaginer où nous pourrions aller. Mais l’astrophysique, je pense hélas que je ne dispose pas des clés scientifiques nécessaires …  :-)

Une petite recommandation pour notre temps libre?
Il faut lire. Prendre le temps de lire. C’est un acte de résistance essentiel à la fragmentation de la société numérique. Il faut se forcer à garder quelques comportements linéaires: commencer quelque chose à A et le finir à Z. Sans interruption. Cela fait du bien aux neurones!

 

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