Fusion RSR / TSR : un pari sur l’avenir

Logos RSR et TSR_big

Le projet de convergence des médias a été engagé par la SSR dans toutes les régions du pays. Il s’agit de la réponse stratégique du diffuseur public à la situation difficile que traversent tous les médias.

Les romanches ont achevé leur mutation, qui compte tenu de leur taille, représente un laboratoire intéressant. Les Tessinois sont à mi-chemin ; le contexte est assez favorable car TV et radio sont géographiquement proches. Les romands travaillent sur le projet de convergence depuis une année et sont prêts à démarrer en 2010. Les alémaniques visent début 2011. Chaque région peut ainsi proposer son modèle spécifique, pour autant qu’il s’inscrive dans le cadre national, fixé par le Conseil d’administration de la SSR et publié en mars 2009.

Un pari sur l’avenir

Or la Suisse romande a un besoin vital de médias, notamment d’un audiovisuel fort et de qualité. C’est une exigence culturelle, économique et politique : Il faut que la Suisse romande maintienne un savoir-faire audiovisuel et un outil assez performant pour produire et faire rayonner sa réalité culturelle en Suisse et dans le monde, au moins francophone.
Le projet romand de convergence des médias est un pari sur l’avenir parce qu’il propose une réponse adaptée à l’évolution du comportement des téléspectateurs, auditeurs et internautes. A côté des grands rendez-vous de direct, demain tous en HD (sports, divertissements, fictions,) le public se détourne de plus en plus des vecteurs historiques (TV, radio) pour chercher des contenus – de qualité – à n’importe quel moment, sur toute distribution, tout support, fixe comme mobile. Cette intégration (son, images, textes) de la production des contenus est ainsi au cœur du projet de convergence romand.

Augmenter l’impact et le repérage

Il est évident que le paysage média est de plus en plus encombré, fragmenté. Les concurrences de la TSR et de la RSR ne sont pas locales mais mondiales. Les concurrents ne sont plus traditionnels (tv, radios, presse). Ce sont les réseaux sociaux, les plates-formes participatives, les sites vidéos à la carte qui occupent aujourd’hui le terrain.
Dans ce chaos, il n’est pas aisé de repérer les offres du service public. Il faut donc gagner en visibilité et pour cela rassembler les forces de la télévision et de la radio. Si le public repère mieux les productions qui lui sont destinées, s’il prend la mesure de ce que les chaînes publiques produisent pour lui dans le cadre de leurs mandats, alors le service public gagnera en légitimité. C’est important, d’autant plus que l’audiovisuel public suisse n’a pas à rougir ; ni de ses contenus, ni de son développement stratégique et numérique. Et le public a plus que jamais besoin de contenus de qualité, de repères, dans un paysage aussi chaotique où la plupart des grands diffuseurs privés doivent commercialiser au maximum les contacts qu’ils génèrent.

Un modèle d’entreprise original pour l’audiovisuel public romand

Concrètement, le projet romand prévoit une fusion rapide (2010) des entreprises et de leurs infrastructures, puis une coopération progressive des contenus, de 2010 à 2015. Le modèle d’entreprise développé en Suisse romande est original et radicalement nouveau. Il prévoit une organisation basée sur les domaines d’activités et de contenus, et non plus sur les vecteurs historiques.
Il compte ainsi une direction des programmes (radio-tv-multimédia), épaulée par des rédactions en chef ou unités de programmes (sports, magazines d’information et de société, culture, musique, humour et divertissements, fiction…).
Il implique aussi sur une direction de l’actualité (radio-tv-multimédia) qui s’appuie sur deux rédactions en chefs responsables des émissions qu’elles produisent ainsi que de leurs prolongements interactifs. Toutes les autres directions (technique et production, supports, développement, communication, etc..) sont totalement mutualisées.

Gagner en intelligence, en impact et en efficacité

Ce modèle d’entreprise vise trois objectifs clairs :

  • Un gain en intelligence et en savoir-faire dans les contenus, notamment par la coopération professionnelle, la circulation des idées en amont des émissions.
  • Un gain en impact et en visibilité dans un marché saturé, afin de tenir les positions concurrentielles du service public suisse.
  • Et un gain en efficacité, pour agir plus vite et rester au rythme d’un environnement en profonde et rapide mutation.

Le nouveau pôle audiovisuel public comptera près de 1600 postes de travail et disposera d’un budget d’environ 390 millions. La fusion des entreprises entraînera un gain annuel rapide d’environ 6 millions qui sera ré-investi dans les programmes de radio et télévision. Avec moins de 30 postes supprimés sur les 5 prochaines années, l’impact social de la convergence est – heureusement – faible. Le pôle audiovisuel public aura aussi la responsabilité de former les professionnels de l’audiovisuel, d’investir dans le renouvellement régulier des équipements de production et d’entretenir un partenariat actif avec l’industrie privée romande.

La diversité des médias et des regards est-elle en danger ?

La question est bien sûr légitime. Premier constat, Il y a de nombreux services publics de qualité, dans toute l’Europe, qui sont organisés avec une direction de l’information ou de l’actualité multi-médias. On peut citer la BBC, la VRT (Flandre), la RTBF (Belgique francophone), NOS (Hollande), NRK (Norvège), YLE (Finlande), DR (Danemark) ou encore Radio-Canada. Ces services publics produisent incontestablement des contenus de qualité, diversifiés et performants.
Ensuite, la coopération recherchée entre les rédactions ne signifie aucunement la fin d’une certaine concurrence et d’une émulation interne. C’est le cas aujourd’hui entre les différentes productions de chaque média. Il n’y a aucune raison pour que cela change. Car la diversité ne doit pas signifier l’isolement. Ce n’est pas parce que les rédactions sont isolées qu’elles produisent nécessairement des contenus diversifiés, de qualité. La convergence doit au contraire permettre à chacun de recourir à des idées, des informations, des moyens communs, pour y puiser de quoi nourrir sa spécificité.
Et la diversité c’est aussi la complémentarité revendiquée des traitements multimédia, radiophoniques et télévisuels. Le tout soutenu par des valeurs journalistiques et professionnelles partagées. Du point de vue professionnel ensuite, le modèle de convergence romand exclut un travail éditorial simultané sur les 3 médias.
Enfin, la « biodiversité » a besoin de moyens pour produire ses effets. Dans un contexte économique où les moyens du service public semblent au mieux stables, seul le redéploiement de l’infrastructure sur les programmes et l’évolution des processus de production que permet la convergence, offrent les moyens de cette biodiversité.

Le débat entre les politiques et les médias publics doit être vif et permanent

La nature des relations entre l’audiovisuel public et la politique est en train de changer dans toute l’Europe. Les politiques maîtrisent de mieux en mieux l’utilisation des médias. Ils savent en mesurer les impacts, les effets. Ils sont donc exigeants, attentifs. D’autre part, la crise de modèle que traversent les médias, avec un effondrement des recettes commerciales, rend les médias publics de plus en plus dépendants des moyens publics. La représentation démocratique pose donc ses exigences à travers un dispositif législatif, une régulation.
C’est pourquoi le débat entre la politique et les médias publics doit être vif et dense pour tout ce qui touche à la définition du mandat, aux moyens délivrés pour remplir ce mandat et à l’évaluation des résultats diffusés. Mais en ce qui concerne le choix des contenus et de leur traitement ainsi que l’organisation opérationnelle des entreprises, les médias doivent défendre leur indépendance. C’est le respect du principe fondamental de la séparation des pouvoirs.
La nouvelle entreprise audiovisuelle publique romande sera présente sur toutes les distributions et s’adressera à tous les publics. Elle sera généraliste, ouverte au grand public, à l’altérité et n’abandonnera aucun segment de la population, pour des motifs commerciaux ou marketing. Les programmes de radio, de télévision, les prolongements multimédias seront basés sur la primauté de l’offre, de l’intention socioculturelle, plus que sur la seule satisfaction des attentes. Enfin, le pôle audiovisuel public romand tentera de soutenir une production culturelle diversifiée, sous toutes ses formes. C’est ainsi qu’il servira au mieux les intérêts profonds de la région auquel il est intimement lié.

Gilles Marchand

Compléments multimédia :
Vidéo

Gilles Marchand a été nommé responsable de la convergence radio, tv et Internet en Suisse romande par le Conseil d'administration de la RTSR. Le Journal en continu, 22.04.2009

Audio

Jean-Jacques Roth nommé chef de l'actualité de la RTS. La Première - Forum, 21.12.2009

Réactions suite à la confirmation de la fusion entre la TSR et la RSR. La Première - Forum, 25.11.2009

La fusionnite aigüe... un nouveau virus... hautement contagieux ! La Première - Le Grand 8, 01.05.2009

La convergence RSR-TSR est en route. La Première - Forum, 22.04.2009

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