Tous ensemble, chacun de son côté !

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De l’Eurofoot aux Jeux Olympiques en passant par la présidentielle française et certainement la prochaine élection américaine, les grands rendez-vous d’actualité sont très instructifs à observer. Ils soulignent quelques tendances lourdes qui touchent « l’homo mediaticus » moderne.

Première observation :

L’hyper choix ne provoque pas nécessairement l’hyper curiosité. Au contraire, « qui trop embrasse mal étreint », dans l’espace digital aussi. Et il y a un risque d’asphyxie face à l’abondance de matière. Les producteurs de contenu numérique déploient donc des trésors d’imagination pour faire découvrir ce qui n’est pas cherché ! La « mise en vitrine » devient la mère de toutes les réussites médiatiques. Et c’est d’autant plus complexe que l’attention du public saute d’un écran à l’autre, d’une distribution à l’autre. Ce qui pose d’ailleurs d’infinis problèmes de mesure d’audience, de consolidation de performances et de modèles économiques, pour tous les médias.

Deuxième constat, paradoxal :

Certes, les fragmentations médiatiques se développent, avec l’explosion des chaînes tv et radio ou des plates-formes web, ainsi qu’avec les multiples temporalités d’utilisation. C’est le règne de la consommation à la carte, personnalisée. Et pourtant, en même temps, les expériences de consommation médiatiques redeviennent de plus en plus collectives. Le partage des médias suivis (de la micro séquence à l’émission complète), la recommandation puis la conversation sur ce qui est suivi, rassemblent de plus en plus le public. Il n’y a qu’à  voir les pics de commentaires et d’échanges online, pendant la finale d’un 100 mètres olympique ou durant un débat télévisé un peu animé… Leur densité montre que nous sommes nombreux en train de suivre le même événement, en même temps, de mille manières différentes. Et c’est cela qui est intéressant.

Sur les réseaux sociaux, on ne dit plus seulement ce que l’on aime mais on accepte de faire savoir ce que l’on fait en temps réel ! Georges Orwell n’est pas loin… Toujours est-il qu’il y a là quelque chose qui relève de la pratique simultanée, malgré l’éclatement des supports. Le journal télévisé suivi sur mille écrans différents, mais en même temps. Les exploits sportifs vécus dans le stade, oui, mais avec les  smartphones et tablettes connectés !

Pour les médias, particulièrement audiovisuels, cela a plusieurs conséquences. A commencer par des efforts très importants de mise en valeur des contenus, de réorganisation des audios, des vidéos et des textes. A la fois par vecteur (revoir les chaînes tv, réécouter les chaînes radio), par émission, mais aussi par thèmes. Puis il faut faciliter la recommandation de ces contenus et leur partage par le public. Les outils de partage et de recherches doivent être performants, intuitifs. Et si les mêmes événements sont suivis sur de multiples sources, il est essentiel que les médias s’appuient sur des marques claires et bien repérables. Quel que soit l’écran ou la connexion utilisée, le média doit se présenter de manière cohérente. C’est le fondement même de la relation de confiance dans un paysage numérique fragmenté.

Après le suivi captif des médias, qui imposaient une temporalité rigide, nous avons connus les délices de la liberté en décalant à l’infini les consultations : « Quand je veux, ou je veux ! ». Et voilà que nous nous retrouvons. Tous ensemble, en même temps, mais chacun de son côté, sur son écran personnel. Il y a là quelques belles perspectives à explorer ! Notamment pour les médias qui contribuent à entretenir le sentiment d’appartenance, le sentiment de « vivre ensemble ». Et il y a là aussi de quoi rassurer les prophètes de l’éclatement social. Ces nouvelles communautés sont en bonne partie virtuelles sans doute, mais ce sont des communautés actives, des communautés d’intérêts, d’enthousiasme ou de colère. Des communautés humaines, quoi. 

Gilles Marchand

Article paru aussi dans Le Matin Dimanche, 30 septembre 2012.

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