Inclusion et solidarité

Gebaerdensprache

Discours prononcé le 22 août 2017 au congrès de Insos

«C’est un plaisir que de partager avec vous, aujourd’hui, quelques réflexions sur les médias et sur les relations qu’ils entretiennent avec le monde du handicap. Sur leur responsabilité aussi. Je le fais en qualité d’ancien directeur de la RTS et future directeur général de la SSR, c’est pourquoi je vais faire référence à des productions qui proviennent de toutes les régions du pays.

Vous avez choisi pour votre congrès 2017 un thème particulièrement d’actualité pour tous les responsables médiatiques, celui du changement ! On observe aussi une certaine analogie entre nos mondes.

L’évolution de la société, les modifications des besoins des personnes en situation de handicap, les contraintes financières et l’application de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, tous ces facteurs vous concernent au premier degré. Ils peuvent déstabiliser, mais ils représentent aussi une chance : ils incitent à évoluer, à adapter les offres aux besoins nouveaux des personnes handicapées, bref, ils favorisent la remise en question.

Et cette remise en question, les médias de service public doivent aussi la vivre, soumis qu’ils sont à de profondes mutations technologiques, à des changements complets d’habitude de consommation, mais aussi aux revendications des acteurs privés, aux pressions du monde politique, aux lancinantes tentatives de réductions, voire de démantèlement complet. Nous y reviendrons.

Une vision de l’inclusion

Une chose est sûre, la SSR partage de belles valeurs avec les organisations d’handicapés sensoriels. Ces valeurs, comme l’ouverture aux autres, la solidarité avec les minorités, le souci de la cohésion. Toutes valeur qui président à l’inclusion de chaque membre de la société, à sa pleine participation à la vie sociale, avec les mêmes droits. La diversité devient ici une norme et un enrichissement, une condition du vivre ensemble

Cet engagement pour les minorités et pour le respect de la diversité fait partie de notre identité et de notre mandat. Il s’exprime notamment avec un système de financement solidaire, entre les régions du pays et unique en son genre en Europe. Nos chaînes de radio et télévision généralistes, nos plateformes digitales contribuent tous les jours à capter et fabriquer de l’identité, à alimenter un sentiment d’appartenance grâce aux expériences audiovisuelles communes qui rassemblent régulièrement des centaines de milliers de personnes. Et dans notre domaine, les images portent autant que les mots….

Accord avec les handicapés sensoriels

Dans le domaine de l’inclusion, la radio et surtout la télévision rencontrent en premier lieu les handicapés sensoriels.

Le cadre légal nous fixe des objectifs clairs pour rendre simplement accessibles nos programmes aux personnes souffrant de trouble de la vue ou de l’ouïe. La loi sur la radio-télévision prescrit cet objectif à tous les diffuseurs proposant des programmes nationaux ou régionaux-linguistiques, mais évidemment plus particulièrement à la télévision nationale de service public.

En ce sens nous sommes tenus d’augmenter peu à peu jusqu’à un tiers du temps total de transmission la proportion d’émissions télévisées sous-titrées. La SSR doit parallèlement diffuser quotidiennement dans chaque région au moins une émission d’information transcrite en langage des signes. Enfin elle doit diffuser annuellement dans chaque région au moins 24 émissions télévisées accompagnées d’une description audio pour les malvoyants. Les contenus à sous-titrer et le calendrier d’application de ces mesures, sont fixés- dit l’ordonnance – dans un accord conclu entre la SSR et les associations de handicapés concernées.

Ces exigences fixées par la loi peuvent certes paraître relativement modestes. Elles représentent néanmoins un effort important. La SSR fait aujourd’hui nettement plus que ces exigences légales, puisque plus de 50% du temps d’antenne est par exemple déjà sous-titré.

Mais, il y a plus important : au moment où je vous parle, nous sommes à quelques jours de la signature d’un nouvel Accord avec les associations de personnes malentendantes et malvoyantes. Un Accord qui marque clairement la volonté de la SSR et de ses responsables des programmes d’accroître sensiblement les offres destinées à ces centaines de milliers de personnes qui ont de la peine à suivre nos émissions.

Ce nouvel Accord fixe des objectifs ambitieux pour les 5 prochaines années : 80% du programme sera ainsi sous-titré à l’horizon 2022, le prime-time des premières chaînes de télévision sera accessible aux malvoyants à la même échéance, une bonne partie de ces émissions étant désormais audio-décrites, la part des émissions signées sera aussi plus importante. Au-delà de ces chiffres, ces objectifs ne sont plus dictés par l’autorité de surveillance, mais définis d’un commun accord entre les signataires.

Ces nouveaux objectifs sont le signe de notre volonté de faire plus et mieux.

Nous sommes conscients que tout cela ne correspond pas encore totalement aux exigences de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées et ne remplit pas totalement non plus le critère d’un accès sans barrière à nos contenus. Un pas important dans la bonne direction sera toutefois franchi.

Cette suppression des barrières dans l’accès à nos programmes est essentielle.

Nous savons aussi que la communauté des malentendants se définit elle-même comme une «communauté culturelle ». La SSR s’efforce d’en tenir compte dans son offre de programmes, en offrant par exemple une émission spécifique « Signes » que diffuse la RTS et qui pourrait bientôt devenir un projet national. Un projet d’émission donc conçu à partir du vécu des gens concernés dans une véritable démarche inclusive.

Notre cadre financier de plus en plus tendu et contesté ne nous permet pas, à ce stade, d’aller plus loin, à moins de réduire l’offre globale de programme dans d’autres secteurs. En effet, les efforts d’économies qui nous sont demandés ne sont évidemment pas sans conséquence sur notre offre.

Il est bon de s’en souvenir au moment où l’idée de réduire de manière encore plus draconienne la voilure du service public fait régulièrement surface au Parlement ou dans certains milieux. Réduire, voire supprimer la redevance, c’est finalement porter un coup fatal à l’équivalence des prestations pour tous, à l’esprit de solidarité et de cohésion entre tous les publics, dans toutes les langues et dans toutes les régions. Car il est absolument clair que le marché ne peut pas se substituer et refinancer les prestations actuelles. Il n’y a aucun doute. Et inévitablement les premiers à souffrir de telles coupes ou de telles renonciations sont les membres les plus faibles de la société.

La numérisation de la société

D’autant plus que dans la mutation profonde de la société, il y un autre mouvement qui doit retenir notre attention : celui de l’avènement de la société numérique et de ce qu’elle implique.

C’est une lapalissade, le monde se globalise, les connections se développent et les mouvements s’intensifient. Nous sommes entrés dans un en perpétuel changement ou le mouvement devient la norme. Le vivre ensemble helvétique, notre génie, bon an mal an, de la coexistence, tiendra-t-il le choc de cette accélération ?

Ce sont des questions permanentes qui concernent non seulement nos programmes, mais aussi la formation, le management, la gestion des ressources humaines, l’organisation de nos espaces de travail et de vie. Dans le secteur de la presse et des médias électroniques, nous sommes entrés dans la grand bascule numérique. Avec de multiples conséquences dans les attentes du public, dans la conception, la fabrication et la distribution de nos contenus. La relation aux médias devient beaucoup plus personnalisée et participative. Chacun suit aujourd’hui son journal, ses programmes, selon ses goûts mais aussi indépendamment du lieu et du moment. Tout cela témoigne d’une nouvelle relation au monde et à la communauté. L’altruisme devient moins collectif, l’altérité est vécue de manière plus individuelle. L’approche est aussi plus critique. La solidarité devient une affaire personnelle, plus ponctuelle, aléatoire. Tout cela n’est pas sans incidence sur le place des handicapés dans la société, sur votre travail pour assurer jour après jour une inclusion effective dans la société numérique.

La conseillère aux Etats Pascale Bruderer l’a parfaitement rappelé. Je cite : « L’horizon doit être placé au-delà : la numérisation de notre société, qui est en constante progression, comporte des risques et des chances notamment pour les personnes handicapées. Dans ce domaine, nous voulons agir suffisamment tôt pour contribuer, là aussi, à influer sur ces développements et à faire avancer l’inclusion numérique. ».

Mais nous avons ensemble de belles cartes à jouer. Voyez par exemple à ce propos les perspectives qu’ouvre l’arrivée de la TV connectée – HbbTV – qui permettra de mieux personnaliser la consommation de nos programmes et la configuration des récepteurs en particulier aux besoins des personnes handicapées.

Et les médias, particulièrement de service public, sont aussi là pour parler de vos réalités, pour sensibiliser le public et les parties prenantes. Je pense ici à la couverture média à proprement parler et sous toutes ses formes !

En ces temps agités, il faudra donc bien réfléchir avant de réduire, voire détruire les institutions qui portent et incarnent le service public. Inutile je pense de vous rappeler ici le danger que fait peser l’initiative « No Billag » qui en cas d’acceptation conduirait à une Suisse sans réel service public de radio et télévision, avec toutes les péjorations que cela impliquerait dans d’innombrables domaines, dont le vôtre !

Responsabilités particulières

Deux points encore avant de conclure ce tour d’horizon Le premier concerne notre responsabilité d’employeur. La SSR compte environ 5800 collaborateurs de tous âges et de toutes situations dans toutes les régions du pays. En tant qu’entreprise importante de ce pays, nous essayons aussi d’offrir des possibilités d’intégration dans le monde du travail et assurer l’accès à nos locaux. C’est une attention de longue date et qui nous tient à cœur au moment où nous sommes engagés dans d’importants projets immobiliers pour adapter nos structures de production aux défis du monde numérique et de la convergence des médias.

Le second concerne nos échanges professionnels. J’ai noté avec intérêt que, parallèlement à toutes ces innovations, Inclusion Handicap a intensifié son travail médiatique et étoffé ses réseaux de communication. Les demandes de journalistes se sont multipliées et la communication s’est développée. Ces objectifs nous rappellent la nécessité d’être à l’écoute et de réserver de l’espace à vos thèmes.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite en ce sens encore une fructueuse poursuite de votre congrès.»

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